Dans la librairie de... Maïram Guissé


Cette semaine, c'est Maïram Guissé qui partage avec nous ses lectures. Elle est autrice et journaliste. Elle a publié Sous nos peaux et a participé au livre collectif Le Retour du roi Jibril, tous deux parus en 2025.
Elle est également réalisatrice de plusieurs films documentaires : L’Amour en cité, Quartiers d’été et La vie de ma mère.
Quelle lecture t’a donné le déclic antiraciste ?
Je ne saurais pas parler de déclic, je crois que c'est plutôt une somme de lectures, passées et plus contemporaines, incluant La Parole aux Négresses d'Awa Thiam, Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome, ou encore Le Triangle et l'Hexagone de Maboula Soumahoro. Ces lectures et d’autres me font sans cesse réfléchir sur la question antiraciste.
Quel livre aurais-tu aimé écrire ?
Je vais tricher et en citer deux : Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie et La Discrétion de Faïza Guène. Ces deux livres sont, à mon sens, des récits de transmission portés par une subtilité que seule la littérature permet. Il y a dans l'écriture de ces deux romans une telle tendresse, une telle volonté d'ancrer les histoires d'exil (celle d'Ifemelu pour le premier, celle de Yamina pour le second) et leurs conséquences, que j'en ai été bouleversée. Ce sont deux romans où l'amour est central : l'amour d'un pays, d'une personne, de ses enfants… J'aurais aimé écrire ces deux livres, tant sur le fond que sur la forme.
Quel livre conseilles-tu à un.e jeune lecteur.rice ?
Le Chemin de Jada de Laura Nsafou et On dit que les girafes sont en Afrique de Naïl Ver Ndoye et Farid Malki Paul, illustré par Audrey Sakho. Le premier parce qu'il parle de ces jumelles dont la différence est leur teint : l'une claire de peau, l'autre foncée. Laura Nsafou raconte très bien, à hauteur d'enfant, ce qu'est le colorisme, ses conséquences, mais aussi, et c'est très important, quel peut être le chemin de l'acceptation de soi et de l'amour de soi. Le second parce qu'il tord les clichés sur une Afrique qui serait homogène. À travers le voyage de la cigogne Saya, on découvre au contraire un continent divers, contemporain, avec des villes urbaines… Les enfants se plongent facilement dans cette histoire et ce voyage, très bien illustré, où chaque détail compte.
Pourquoi avons-nous besoin d’une librairie antiraciste ?
C’est important parce que c’est un espace où une parole minoritaire peut exister sans se justifier sans cesse, dans un espace public qui se referme de plus en plus. Le simple fait de tenir bon, d'exposer certains ouvrages et de continuer à exister malgré les pressions devient alors un acte politique en soi. C'est une résistance discrète mais réelle face à une tentation croissante d'uniformiser ou de faire taire certains récits.
Propos recueillis par Fatma Torkhani
Crédit photo Néhémie Lemal
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